11 – Le libre arbitre

Ce sujet ouvre de nombreuses questions !!! je vous en fais part dès maintenant pour comprendre à quel point ce thème est complexe.

Choisir et décider librement de ses actes : est-ce possible ?

Réfléchir à sa vie et ses choix est-il un acte autonome ?

Est-ce que développer son libre arbitre permet de mener une vie authentique ?

Y a-t-on accès de la même façon au travail, à la maison, en société ? 

La décision libre est-elle une série de réactions chimiques dans le cerveau ?

Quelle place a notre responsabilité individuelle sur la responsabilité collective ?

Que disent les neurosciences ?

Benjamin Libet, chercheur au département physiologie de l’université de Californie, a mené plusieurs expériences ou il est question de bouger les doigts quand on veut : un électroencéphalogramme mesure le potentiel de préparation motrice des cobayes, c’est à dire qu’il capte le signal électrique qui mesure la préparation au mouvement.

L’activité électrique du cerveau commence 400 millisecondes avant la décision de bouger : On peut dire que le cerveau décide 400 millisecondes avant nous !

Conclusion à ce stade : Dans tout processus de décision il y a une part inconsciente…

Que dis le mentaliste – ou le publicitaire 😉 ?

On peut prévoir vos réponses en mettant votre cerveau dans certaines dispositions.

 « vous avez le choix de dire le nom d’un outil, au hasard parmi tous les outils que vous connaissez » notez votre réponse : ……………………….. 

Pour que ça marche à coup sûr le mentaliste peut vous proposer de résoudre de tête une série d’additions simples dont vous annoncez le résultat oralement, avant de vous poser la question de l’outil et vous choisirez « Marteau », car après avoir sollicité la réflexion et l’expression oral, vous irez au plus simple en utilisant le mot le plus court ! cela est sûr à 98%. (ici nous sommes nombreux à avoir le même libre arbitre…)

Que disent les courants de pensée ?

Le déterminisme :

Les lois de la nature déterminent nos actions : nos perceptions, nos gènes, notre environnement…prennent le pas sur notre libre arbitre (du coup, on dit marteau ?).

Le dualisme :

Il y a les gènes, l’environnement… + notre volonté.

Pour Descartes par exemple le monde se divise en deux catégories :

-le monde matériel

-le monde spirituel (l’esprit peut agir sur le corps).

Le compatibilisme :

On rassemble déterminisme +dualisme = notre cerveau détermine nos actions 

la boucle est bouclée, retour aux neurosciences…et la question reste : qu’est-ce que le libre arbitre ?

Que dis la justice ?

Elle se base sur la responsabilité individuelle…

La justice est une bonne raison pour accorder qu’il soit possible d’être entièrement responsable de ses actes, et donc avoir eu son libre arbitre lors du méfais !

Que dit la sphère professionnelle ?

Odile Bourguignon dans « traité de bioéthique » compare responsabilité individuelle et travail d’équipe :

« Répondre moralement de soi et de ses actes implique un certain rapport à soi-même comme autonome, construit au fil du temps et aimanté par ses valeurs. Être responsable, c’est aussi être capable, avoir les compétences professionnelles attendues, parfois mal identifiées par les autres. S’il n’y a jamais d’action sans responsabilité, celle-ci est parfois difficile à préciser dans un contexte collectif qui peut absorber et diluer la responsabilité individuelle. Mais le travail en équipe ne peut être utilisé pour s’exonérer de sa propre responsabilité ».

Que dit l’histoire sociétale contemporaine ?

Émilie Hache rappelle que « le libéralisme a subi une transition vers le neo libéralisme durant les années 80 ; ce passage se caractérise notamment par un transfert de responsabilités de l’état vers les individus et le secteur privé. Ce retrait de l’état s’observe notamment par une réduction de l’appui aux services publics. Paradoxalement, ce soutien donne lieu à un interventionnisme de plus en plus intrusif : tout en se détachant de certaines de ses fonctions, l’état demande aux individus de s’autonomiser, de se responsabiliser ».

Cette notion de responsabilité individuelle encourage les citoyens à être responsable :

-faire du tourisme responsable

-avoir un travail responsable

-être écoresponsable

Question : Les citoyens ont quelle part de libre arbitre dans ces choix ?

A ce stade on peut poser que la morale indique l’intérêt de considérer ce libre arbitre comme le garde-fou de l’humanité.

Que dit la philosophie ?

Kant répond à la question épineuse du libre arbitre et du déterminisme dans le domaine moral : comment peut-on à la fois affirmer que nous avons une volonté libre et que nous vivons dans un monde régi par des lois physiques nécessaires? Kant a distingué dans la Critique de la Raison Pure le monde phénoménal et le monde nouménal

-Noumène est opposé à phénomène : Le phénomène est ce qui appartient au champ de l’expérience, les noumènes (ou choses en soi ou objet transcendantal ) dépassement le champ de l’expérience. Par exemple, l’idée de Dieu ou du Monde ne peut expérimenter concrètement par la sensibilité. Le noumène désigne donc la limite notre connaissance en tant que sujet-

Ainsi, les lois physiques s’appliquent uniquement aux phénomènes, alors que la volonté est une chose en soi que nous ne pouvons connaître (à l’instar de Dieu ou de l’idée du Moi). Même si nous ne savons pas si la volonté est libre, nous devons cependant agir en conformité avec l’idée de liberté.

Et moi, qu’est-ce que je dis ?

Mon parti pris est que la thérapie elle-même est un lieu ouvert sur le libre arbitre, par la relation proposée au patient, qui fait de lui l’acteur central du déroulé, des thèmes abordés, du rythme de travail, des digressions, des écarts, des recentrages ou des renforcements nécessaires à l’accompagnement.

Il n’est obligé de rien, libre de parler, évoquer, ressentir…pourtant soumis à ce qui vient, parfois malgré son envie mais en lien avec un désir ou le besoin profond d’exprimer, de déposer. 

Le patient se voit proposé ou suggéré ce qui semble un point saillant à mes yeux en fonction de ce que je comprends de lui et de sa problématique, point sur lequel on pourrait marquer  l’attention. Cette proposition ou suggestion : il peut la nier ou la refuser ouvertement, il peut l’accepter … alors cela met-il en lumière sa volonté de suivre ce point, et/ou de se le permettre ici ? est-ce ainsi que son libre arbitre est protégé, voir retrouvé, en thérapie ?

Je présente ainsi notre travail à venir au patient : 

Ensemble nous abordons les sujets qui vous posent problème et nous comprenons pourquoi ils vous dépassent. Nous ciblons vos besoins afin d’ajuster l’aide que je peux concrètement vous apporter. A chaque séance nous remarquons ce que vous obtenez lorsque vous agissez différemment : vous vous entrainez à reprendre la main sur votre vie quotidienne.

Vous ne serez obligé de rien car conserver votre libre arbitre fait partie de la démarche !

Et vous, que dites-vous ?

Merci de laisser votre commentaire, votre avis, votre réflexion….et bien sur je reste disponible pour tout échange sur ce sujet multiple et passionnant !!!

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